
Après l’échec des pourparlers de Luanda, avec comme conséquence l’annulation du sommet des chefs d’Etat qui était prévue dimanche dans la capitale angolaise, des voix s’élèvent pour appeler les grandes puissances à imposer des sanctions financières contre le Rwanda.
Les présidents de la RDC Félix Tshisekedi et du Rwanda Paul Kagame devaient se rencontrer dimanche pour un sommet organisé par le chef d’Etat angolais Joao Lourenço, médiateur désigné de l’Union africaine (UA) dans le conflit entre Kigali et Kinshasa autour de la rébellion du M23.
Cette rencontre était ainsi programmée après des longues semaines de discussions et d’échanges entres les chefs des diplomaties congolaise et rwandaise, mais aussi des responsables sécuritaires des deux pays.
Un accord « pour le rétablissement de la paix et de la stabilité dans l’est de la RDC » devait être posé sur la table, mais les deux parties n’ont pas réussi à s’accorder sur l’ensemble des termes, aboutissant à l’annulation du sommet des chefs d’Etat.
Selon Kinshasa, il y a eu “impasse car les Rwandais ont posé comme préalable à la signature d’un accord, que la RDC mène un dialogue direct avec le M23« .
Les autorités congolaises considèrent le M23 comme un groupe « terroriste ». Pour eux, il ne sera jamais question de discuter avec ces rebelles mais plutôt avec le Rwanda, considéré comme parrain de ce mouvement rebelle.
De son côté, le ministre des Affaires étrangères du Rwanda a dénoncé « le contexte des menaces constantes émanant des responsables de la RDC, y compris du Président, en vue d’un changement de régime au Rwanda« .
En RDC, des voix s’élèvent pour appeler aux sanctions contre le Rwanda afin de pousser ses dirigeants à cesser de soutenir la rébellion du M23.
Dans un communiqué, le docteur Denis Mukwege, prix Nobel de la paix 2018, a appelé la diplomatie internationale et les acteurs économiques à « mobiliser tous les leviers à leur disposition pour contribuer à mettre un terme aux agressions récidivistes des pays à la base de la déstabilisation de la RDC en utilisant le recours à un régime de sanctions et de conditionnalité de l’aide« .
Il faut « impérativement que les États-Unis, l’UE, la France, le Royaume-Uni et d’autres partenaires adoptent des sanctions politiques et économiques, et suspendent leur assistance militaire au Rwanda tant qu’il soutiendra le M23 et agressera la RDC« , a-t-il ajouté.
Le mouvement citoyen congolais Lutte pour le changement(Lucha) a pour sa part appelé la communauté internationale à « arrêter tout soutien au Rwanda jusqu’au retrait effectif de ses troupes déployés au Congo« .
“Soutenir un régime qui tue, pille et viole la souveraineté d’un autre État est un acte de complicité des crimes« , estime Lucha.
Riche en ressources minières, l’est de la RDC est en proie à des violences meurtrières depuis 30 ans. Kigali y est accusé de faire main basse sur ces minerais.
Le M23 (« Mouvement du 23 mars »), groupe armé majoritairement tutsi, soutenu par Kigali et son armée, s’est emparé depuis novembre 2021 de vastes pans de territoire dans la province du Nord-Kivu.
Cette rébellion avait été défaite en novembre 2013 par l’armée congolaise, appuyée par les Casques bleus de la mission de l’ONU en RDC (Monusco), après dix-huit mois de guérilla au Nord-Kivu.
En décembre 2013 à Nairobi, le M23 et Kinshasa avaient signé des engagements, notamment pour ouvrir la voie au rapatriement de la plupart des combattants de l’ex-rébellion en vue de leur réinsertion dans la vie civile.
En février 2013, 11 pays africains (RDC, Angola, Congo, Afrique du Sud, Centrafrique, Burundi, Rwanda, Soudan du Sud, Ouganda, Zambie et Tanzanie) avaient signé l’ accord-cadre d’Addis-Abeba, selon lequel Kinshasa s’engageait à une réforme du secteur de la sécurité, tandis que ses voisins s’engageaient à ne soutenir aucune rébellion sur le sol congolais.
La Rédaction