En RDC, le journaliste Stanis Bujakera jugé pour un article non signé par lui

Des personnalités congolaises et étrangères ont multiplié protestations et demandes de libération.

Stanis Bujakera, un des journalistes congolais le plus suivi sur le média social X (ex-Twitter), en République démocratique du Congo, totalise deux mois derrière les barreaux le 8 novembre. Il est jugé pour un article ne portant pas sa signature mais pour lequel il risque jusqu’à dix ans de prison.

Âgé de 33 ans, Stanis Bujakera est le correspondant du magazine Jeune Afrique au Congo-Kinshasa. Il est  également directeur adjoint de publication du site congolais d’information Actualité.cd et correspondant de l’agence Reuters.

Le procureur l’accuse notamment de « faux en écriture, falsification des sceaux de l’État », « propagation de faux bruits », « transmission de messages erronés et contraires à la loi ».

Il a été arrêté le 8 septembre à l’aéroport de Ndjili à Kinshasa alors qu’il s’apprêtait à voyager pour Lubumbashi, capitale de la région minière du Haut-Katanga, dans le sud-est du pays. Après quelques jours passés dans le cachot de la police de Kinshasa et du parquet, où il a subi des interrogatoires, le journaliste a été transféré le 14 septembre à Makala, la grande prison de Kinshasa.

Daté de l’époque coloniale et d’une capacité d’accueil de 1.500 personnes, ce centre pénitentiaire compte aujourd’hui quelque 12.000 détenus.

Dans un point de situation publié en septembre, l’ONG Fondation Bill Clinton pour la paix (FBCP), spécialisée pour les questions carcérales en RDC, avançait les chiffres de « 12.196 prisonniers et détenus préventifs dont 294 femmes, 498 mineurs, 1.687 militaires, 5.218 détenus (dont les dossiers étaient devant) les cours et tribunaux, 2.551 (devant) les parquets ».

« Sur 12.196 prisonniers, il n’y (avait) que 2.265 condamnés », précisait-on dans ce document signé par Emmanuel Cole, président de FBCP.

Ouvert le 13 octobre, le procès de Stanis Bujakera se tient devant le tribunal de Grande instance de Kinshasa-Gombe, siégeant dans l’enceinte de la prison de Makala où il est détenu. La troisième audience de ce procès a eu lieu vendredi 3 novembre.

Depuis l’arrestation de Stanis, au moins quatre demandes de libération provisoire formulées par ses avocats ont été rejetées, le ministère public disant craindre une « fuite » du journaliste du territoire de la RDC. 

Contexte politique tendu à l’approche de la présidentielle

Des personnalités congolaises et étrangères, des chancelleries occidentales, des organisations de défense de la liberté de la presse et des droits de l’homme, des mouvements citoyens ont multiplié protestations et demandes de libération. Toutes ses actions n’ont trouvé gain de cause.

Très actif sur le réseau social X (ex-twitter), le journaliste Bujakera  qui a pour slogan : « L’information certifiée, c’est nous ! », comptabilise 553.374 abonnés.

Stanis Bujakera est jugé pour un article publié le 31 août par Jeune Afrique, non signé par lui, mettant en cause les services de sécurité de RDC dans l’assassinat le 12 juillet de l’ancien ministre et député d’opposition Chérubin Okende. Cet article se basait sur un document présenté comme une note des services de renseignements civils mettant en cause les renseignements militaires dans ce meurtre. Les autorités congolaises et l’accusation soutiennent que cette note était un faux.

Une enquête de Reporters sans frontières (RSF, une organisation de défense des journalistes) publiée le 2 novembre affirme que le journaliste « n’est pas l’auteur de la note » incriminée. Selon RSF, citant plusieurs témoins, cette note « venait bien des services de renseignement congolais ».

« Si l’accusation avait réellement eu pour intention d’identifier la provenance de ce document, il eût été très simple de constater qu’il avait déjà circulé avant même que le journaliste ne l’obtienne », a déclaré Arnaud Froger, responsable du bureau investigation de RSF, cité dans ce rapport d’enquête.

Un agent de l’ANR a confirmé à RSF « qu’il s’agit d’une  +note adressée à la hiérarchie attendant vérification, analyse et enquête minutieuse+ », peut-on encore lire dans ce rapport.

Le procès de Stanis Bujakera se tient dans un contexte politique tendu, à l’approche de la présidentielle du 20 décembre à laquelle M. Tshisekedi, au pouvoir depuis 2019, est candidat à un second mandat de cinq ans. Vingt cinq autres candidats dont deux femmes concourent à cette élection à un seul tour.

 Avant l’arrestation de Stanis Bujakera, des manifestations organisées à l’appel d’opposants avaient été violement réprimées. Actuellement, des membres d’opposition, dont au moins un élu de Kinshasa, sont en détention.

A l’audience du 3 novembre, outre une nouvelle demande de liberté provisoire, la défense du journaliste a récusé le rapport du ministère public, selon lequel, le document incriminé a été partagé pour la première fois par Stanis Bujakera, et a demandé une contre-expertise. 

Le tribunal a promis de se prononcer sur les deux demandes dans le délai de la loi. La prochaine audience de ce procès est prévue pour le 17 novembre 2023.

Africactu.net

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